Publié le 31 Mars 2019

 
L'Outsider
Traducteur : Jean Esch
Parfois, le mal prend le visage du bien.
 
Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute.
Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.
Et si c’était vrai ?
 
« Un récit foisonnant. L’Outsider rappellera aux lecteurs un des premiers romans de King : Ça. » 
 
 

Terry Maitland est-il un monstre ? C’est ce que pense l’inspecteur Ralph Anderson. Il en est même tellement convaincu qu’il procède à une arrestation spectaculaire et humiliante, devant toute la ville, ou presque, rassemblée au stade local pour un match de base-ball. Fin de partie pour Terry, le bon professeur, citoyen respecté et coach sportif des gamins du coin… Des petits garçons sans défense, comme le jeune Frankie, dont le corps supplicié vient d’être découvert dans un parc. Tout accable Terry Maitland : témoins oculaires, empreintes, ADN… Une piste effroyable, mais facile à suivre. Jusqu’à ce que le suspect produise un alibi tout aussi solide. Un homme peut-il être à la fois coupable et innocent ? Commettre l’impensable dans la petite bourgade de Flint City, et assister en même temps à une conférence dans la ville voisine, en compagnie de tous ses collègues ?

Si Stephen King nous appâte habilement avec l’un de ces casse-tête policiers dignes du Mystère de la chambre jaune, il n’est pas Gaston Leroux, ni Arthur Conan Doyle et son Sherlock Holmes, dont il s’amuse à citer la célèbre formule « Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, aussi improbable que cela puisse paraître, doit être la vérité. » Et la vérité, chez l’auteur de Shining et Simetierre, se niche rarement dans les méandres de la déduction logique, si astucieuse et tordue soit-elle. La solution de l’énigme est tapie dans les ténèbres du surnaturel, embusquée dans la vivante peinture du quotidien, comme un croque-mitaine au fond d’un placard faussement banal. Dans ce vaste et foisonnant roman, ancré dans l’Amérique d’aujourd’hui (on y relève notamment une poignée de références à Donald Trump), le maître de l’épouvante brode sur le thème du « double », se référant ouvertement à une fameuse nouvelle d’Edgar Poe, William Wilson, mais rappelant aussi, entre les lignes, son propre roman La Part des ténèbres, autre glaçante histoire d’alter ego meurtrier.

Surtout, Stephen King poursuit ici sa grande fresque sur le mal, entamée dès son premier roman, Carrie, en 1974. L’image est double, elle ressemble à ces jeux optiques où une silhouette se superpose à une autre, pourvu que l’on regarde assez longtemps. Il y a le cauchemar évident, l’horreur tissée dans la matière des contes et du folklore (ici emprunté à la tradition mexicaine), et celle qui apparaît en filigrane, un « monstre » bien plus cruel, féroce et inquiétant : la communauté des hommes, prête à toutes les infamies dès que l’imprévu et la peur dérangent sa tranquillité de fourmilière.

Au-delà d’une enquête qui bute sur « l’impossible », c’est le récit poignant d’une erreur judiciaire, vies et familles brisées, qui captive le lecteur et l’engage jusqu’au bout dans le sillage de ceux qui s’entêtent à comprendre : le policier responsable et rongé de remords, sa femme, sensible et futée — un de ces couples soudés qu’affectionne l’auteur, et qui, tout au long de son œuvre, vieillissent avec lui —, mais aussi un avocat, un ex-taulard, une vieille dame… Et, cerise sur ce gâteau addictif, une excentrique et touchante détective prénommée Holly, transfuge de la trilogie « Bill Hodges », la « somme » précédente dont la traduction du dernier tome, Fin de ronde, est parue en 2017. Stephen King s’attache démesurément à certains personnages, leurs fêlures, leur énergie, leur chaleur, et sa tendresse est très contagieuse. C’est l’autre versant de ses histoires, du côté d’un humanisme têtu. Un peu de lumière gagnée sur la part des ténèbres.

 

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Rédigé par mediathequedenoyelles

Publié dans #Policiers

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Publié le 31 Mars 2019

M, LE BORD DE L'ABÎME

Pourquoi Moïra, une jeune Française, se retrouve-t-elle à Hong Kong chez Ming, le géant chinois du numérique ?
Pourquoi, dès le premier soir, est-elle abordée par la police ?
Pourquoi le Centre, siège ultramoderne de Ming , cache-t-il tant de secrets ?
Pourquoi Moïra se sent-elle en permanence suivie et espionnée ?
Pourquoi les morts violentes se multiplient parmi les employés du Centre – assassinats, accidents, suicides ?

Alors qu’elle démarre à peine sa mission, Moïra acquiert la conviction que la vérité qui l’attend au bout de la nuit sera plus effroyable que le plus terrifiant des cauchemars.

VERTIGINEUX ET FASCINANT

Le roman d’un monde en construction, le nôtre, où la puissance de la technologie et de l’intelligence artificielle autorise les scénarios les plus noirs. Bienvenue à Hong Kong. Dans la fabrique la plus secrète du monde. Chez M… Au bord de l’abîme…

« Tu ne vois donc pas ce qu'ils nous préparent avec leurs fermes de calcul, les algorithmes et leurs applications ? Un monde où tout un chacun est sous le regard des autres tout le temps, jugé pour le moindre de ses faits et gestes par une armée de petits censeurs, de petits procureurs et de petits dictateurs planqués derrière leurs ordinateurs ! Un monde où si tu émets la moindre opinion divergente tu te fais insulter et tu reçois des menaces de mort. »

Bernard Minier remet sur le métier un thème déjà abordé, avec moins d’acuité, dans Une putain d’histoire : le Big Data, la surveillance généralisée et le cortège de catastrophes qui vont, à n’en pas douter, découler des progrès gigantesques des nouvelles technologies sans un contrôle strict de leurs applications. Cette fabuleuse intrigue balance sans cesse entre des mondes multiples, une sorte de matrice dans laquelle s’inscrivent faits réels et fictionnels, réalité virtuelle et factuelle, transparence et opacité, fantasmes et actions concrètes. La plupart des personnages évoluent sur au moins deux plans, jouent aux postes frontières si peu gardés entre folie, désir, science et conscience. Le décor lui-même, Hong Kong, cité tentaculaire, vitrine du capitalisme libéral financier triomphant, néanmoins redevenue possession de la République Populaire de Chine, toujours masquée d’un communisme d’apparat dissimulant le régime le plus libéral du monde. Toutes les tares et les qualités s’y croisent, une ville entre rêve et cauchemar, comme cette histoire.

Le rêve, c’est celui de Moïra, vingt-huit ans, père inconnu, mère dépressive traumatisante décédée, douée pour l’informatique, diplômée, travaillant pour Facebook, admise après des tests ardus à intégrer Ming, la plus grande entreprise mondiale d’Intelligence Artificielle, développant un projet ultra-secret, DEUS. Un assistant personnel destiné à être vendu à l’humanité toute entière. Du moins celle qui aura les moyens de se la payer. Le cauchemar, c'est la menace sourde qui semble planer autour de tout ce qui touche à Ming.

Moïra est accueillie au Centre, le coeur névralgique de l’entreprise, dans une équipe internationale multidisciplinaire. La jeune femme, très impressionnée, rencontre le tout-puissant patron de la firme : Ming Jianfeng. Un ancien militaire de l’armée populaire de libération devenu un géant de l’Internet, capable de rivaliser depuis le marché chinois avec les plus grandes entreprises américaines. Psychologue norvégienne, médecin indienne, chef de projet espagnol ou américain, chef de la sécurité chinoise, la mondialisation est une réalité patente chez Ming. Moïra se plonge dans le travail mais note tout de même la paranoïa qui imprègne l’atmosphère.

Le secret est partout, jalousement gardé par des chiens robotisés et des systèmes de sécurité démentiels. Une fois acceptée au sein des cadres dirigeants, elle doit abandonner toute idée de vie privée. Elle est reliée 24 heures sur 24 aux serveurs de Ming qui enregistrent ses moindres réactions physiques et émotionnelles, sa tablette et son téléphone appartiennent à l’entreprise, elle-même devient partie intégrante de la société et doit accepter de perdre le contrôle sur ce qu’elle veut ou non communiquer.

Bien que le travail soit passionnant, Moïra est chargé de paramétrer les réactions de DEUS, de les analyser, le malaise ressenti s’accentue encore lorsqu’elle est contactée par la police, contact informel dans un bar, qui lui dit enquêter sur de possibles malversations et corruptions de l’entreprise. Au fur et à mesure que le récit se développe de nombreux signaux perturbent Moïra qui commence à s’inquiéter. D'une part de savoir pour qui et pour quoi elle travaille et d'autre part de ce tueur qui semble rôder autour des femmes employées par l'entreprise.

Parallèlement, Chan, jeune policier fringant, et Elijah, vieux flic toxicomane sur le retour, investiguent à propos d’un tueur en série ayant déjà trois jeunes femmes à son palmarès. Trois Chinoises travaillant pour Ming. Plus une, la plus récente, qui s’est suicidée lors d’une réception à laquelle assistait tous les cadres de la société. Mais a-t-elle sauté de son plein gré ? Un assassin sadique, torturant et violant ses victimes de façon abominable rôde et il apparaît vite qu'il est lié de façon proche à la firme.

Comme à son habitude, Bernard Minier va resserrer un à un les boulons du scénario, faisant passer l’ambiance de pesante à franchement étouffante de chapitre en chapitre. Les menaces se font plus pressantes, le danger plus précis, les suspects se suivent, sans se ressembler, et ne tiennent que le temps de passer à leur tour à la trappe. On meurt avec assiduité chez Ming, surtout dans le dernier cercle, ceux qui ont accès à l’ensemble des données. Tout cela est superbement réalisé, même la météo y met du sien, passant lentement d’un temps plutôt clément à la pluie pour finir en typhon pour un dénouement digne des très grands blockbuster.

Chaque personnage est double, voire triple, les apparences ne sont que tromperiestout au long des presque 600 pages. Alors certes, le danger vient de la puissance phénoménale de l’intelligence artificielle, de la pénétration chaque jour plus importante d’Internet dans chaque foyer ou presque, pourtant les sentiments qui animent ceux qui s’en servent à des fins maléfiques ne sont jamais que des pulsions bassement humaines. Les mobiles des crimes n’ont pas changé depuis l’aube de l’humanité. Seuls les moyens actuels de les commettre font frémir parce qu’ils deviennent rapidement universels et qu’un homme seul peut infecter la planète. Et là, Bernard Minier frappe fort et juste, englobant dans son thriller aussi bien l’aspect intime des personnages que le côté social d’un nouveau monde qui ne cesse de ressembler à l’ancien. En pire.

La machinerie des différentes intrigues est complexe, à plusieurs étages, plusieurs couches comme les logiciels de pointe, toutefois le lecteur ne butte pas un seul instant tant le déroulé en est dominé sans hésitation, l'écriture efficace et limpide. L’auteur sait à merveille vous foutre les jetons et vous projeter dans un univers effroyable en racontant les conséquences possibles de technologies que nous côtoyons à chaque instant. Il n’y a aucun hasard dans le choix des différents protagonistes, ils ont tous une fonction et un rôle essentiel. Moïra et Chan, évidemment, les autres tout autant. Les dangers des vies privées privées de secrets, de la totale transparence et de la propagation exponentielle de la haine à haute dose. Ce roman est également un cri d’alarme salutaire, avant qu’il ne soit trop tard, s’il ne l’est pas déjà. Avant que quelques multinationales détiennent dans leurs fermes de serveurs le plus petit détail de l’existence de chacun et ne décident de s’en servir pour des objectifs plus qu’inquiétants. Un zeste de géopolitique avec une belle explication du concept chinois du zouchuqu, l'esprit de conquête, passant pour le moment par des investissements fantastiques partout à travers le monde, mais tout autant par le renforcement inquiétant de l'armée rouge.

M comme machiavélique machination maléfique dans laquelle le lecteur est précipité de surprise en révélation choc, de coup de théâtre en frissons d’angoisse, avec cet indéniable plus d’une véritable réflexion nécessaire sur l’Intelligence artificielle et ses possibles conséquences.

Un thriller époustouflant qui dépasse largement le cadre du genre où, finalement, le plus effroyable ne sont pas les assassinats...


Bernard Minier est né en 1960 à Béziers. Il travaille un temps dans l'administration des douanes tout en participant à plusieurs concours de nouvelles. Glacé paraît en 2011chez XO éditions et rencontre un très grand succès couronné de nombreux prix littéraires dont le prix Polar du Festival de Cognac. Son deuxième roman, Le Cercle, est publié en 2012 et met de nouveau en scène Servaz et Ziegler dans une nouvelle intrigue tout aussi passionnante, suivra l’étincelant N'éteins pas la lumière en 2014, tous chez le même éditeur. Une putain d'histoire, publié en avril 2015, a été une première incursion sur le territoire américain, son premier thriller sans Servaz et son équipe qui reprennent du service dans Nuit (2017), puis dans Soeurs (2018), toujours chez XO Éditions.

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Rédigé par mediathequedenoyelles

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Publié le 1 Mars 2019

 

« Le Signal » de Maxime Chattam,
une plume trempée dans l’horreur

 

 

Le Signal est un événement en soi. En vingt-cinq livres, c’est la première fois que Maxime Chattam se tourne vers le roman d’horreur. L’auteur s’est déjà essayé au fantastique, en début de carrière, avec Le Cinquième Règne (écrit en 1999 et publié en 2003 aux Éditions Le Masque, sous le pseudonyme de Maxime Williams), et plus récemment avec la saga de fantasy Autre-Monde. Il faut souligner aussi que la plupart de ses thrillers sont macabres, très sombres, flirtant avec l’épouvante – le fait que le Mal œuvrant dans les pages soit rationnel suffit à maintenir fermée la frontière avec l’horreur.

 

 

L’ouvrage contient une multitude de clins d’œil. Sans rien dévoiler, on peut citer sans risque la ville fictive de Mahingan Falls qui rappelle les Derry ou Castle Rock de Stephen King, l’asile psychiatrique d’Arkham cher à Lovecraft… Chattam a déjà évoqué la possibilité de revenir un jour à Mahingan Falls (le livre, d’ailleurs très beau avec ses pages bordées de noir, contient une carte de la ville qui permet de suivre le parcours des héros).

 

Maxime Chattam sait doser les éléments horrifiques et rendre son récit accessible à tous. Car au final, c’est l’histoire qui compte.

 

Maxime Chattam a prouvé maintes fois qu’il maîtrise les règles du suspense. Le Signal n’échappe pas à la règle. Surtout, il semble avoir écrit, comme à son habitude, sans limite. Le livre est même plus gore que ses thrillers. Plusieurs passages sont assez impressionnants et sanguinolants. Sans tomber dans l’outrance. Comme Stephen King avant lui, Maxime Chattam sait doser les éléments horrifiques et rendre son récit accessible à tous. Car au final, c’est l’histoire qui compte. Et celle-là est vraiment bonne…

Alors justement, que raconte Le Signal  ? Les Spencer s’installent dans la paisible ville de Mahingan Falls. Très vite, ce petit paradis va s’assombrir, les morts vont s’enchaîner et une menace revêtant différentes formes va semer le chaos. Là encore, Maxime Chattam frappe fort, nous n’en dirons pas plus mais l’origine du Mal est surprenante…

 

 

En attendant, le prochain thriller est prévu pour le printemps 2019 et une nouvelle incursion dans le fantastique dès l’automne.

 

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Rédigé par mediathequedenoyelles

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