Publié le 4 Septembre 2019

 

 

“L’Ami” de Sigrid Nunez, un roman qui a du chien

 

L'Ami
Auteur Sigrid Nunez

 

« - Je vais te dire pourquoi j’ai tenu à te parler.

À ces mots, pour une raison mystérieuse, mon coeur se met à battre dans ma poitrine.

- C’est au sujet du chien.

- Du chien ?

- Oui, je voulais savoir si tu serais d’accord pour le prendre. »

Quand l’Épouse Numéro Trois de son meilleur ami récemment décédé lui fait cette demande, la narratrice a toutes les raisons de refuser. Elle préfère les chats, son appartement new-yorkais est minuscule et surtout, son bail le lui interdit. Pourtant, elle accepte. La cohabitation avec Apollon, grand danois vieillissant de la taille d’un poney, et cette écrivaine, professeure à l’université, s’annonce riche en surprises.

 

Magnifique exploration de l’amitié, du deuil, de la littérature et du lien qui nous unit aux animaux, L’Ami est un texte unique en son genre.

 

Véritable phénomène littéraire outre-Atlantique, ce texte est aussi agaçant par certains aspects qu’émouvant et captivant par d'autres. 

Certains grands livres partent de presque rien pour se transformer en histoires passionnantes. C’est le cas de L’Ami, septième roman de la New-Yorkaise Sigrid Nunez et véritable phénomène littéraire outre-Atlantique, où il a gagné le National Book Award l’année dernière.

Le récit commence d’une façon étrange, presque agaçante : une sorte d'apologie ou de l'éloge d'un “grand-écrivain-et-homme-à-femmes” qui vient de se donner la mort. Le grand romancier était le meilleur ami de la narratrice, elle-même écrivaine mais méconnue, qui gagne sa vie comme professeure de creative writing à l’année.

Quand l'irruption d'un animal accompagne un deuil pénible

 

 

 

Le Bal des folles
 
Auteur Victoria Mas

 

 

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

 

"Le 3 mars 1885. – Louise. Il est l’heure", écrit Victoria Mas dans les premières lignes de son Bal des folles (Albin Michel, août 2019). Son ouvrage suit Jean-Martin Charcot qui, en 1885, ajoute à ses techniques expérimentales visant à soigner ses malades un rendez-vous festif, costumé et dansant, le bal des folles, pour éveiller leur esprit et leur donner un plaisir enfantin. S'y croisent Thérèse, une vieille prostituée, la petite Louise, une enfant violée, Geneviève, l'intendante, et Eugénie Cléry qui entre en contact avec l'âme des disparus.

"Le premier roman de Victoria Mas plaide dans un style vivant la cause de ces parias, dénonçant le rejet, l'oppression carcérale dont elles ont été victimes, visage extrême de l'aliénation sociale des femmes de l'époque", remarque Véronique Rossignol, dans son avant-critique publiée dans Livres Hebdo n°1220 du 31 mai 2019.

Ce premier roman a été sélectionné parmi les 4 Talents Cultura de la rentrée.

Victoria Mas, fille de la chanteuse Jeanne Mas, a 31 ans. Avant de signer Le bal des folles, elle a été assistante de production, scripte et photographe de plateau. Le bal des folles figure dans la première sélection du prix Stanislas qui récompense chaque année un primo-romancier de la rentrée littéraire.

 

 

La Boutique des petits trésors
Auteur Ella Griffin

 

 

Alors qu'elle a rompu avec son fiancé et que sa chère grand-mère vient de décéder, l'univers de Nora s'effondre. Elle quitte Londres pour retourner dans la ville de son enfance, où la vieille dame lui a laissé un héritage d'objets accumulés. Déchirée à l'idée de vendre ces mille et un souvenirs aux enchères à des inconnus, la jeune femme décide d'ouvrir « La boutique des petits trésors ». Et, peu à peu, chaque objet trouve un nouveau foyer digne de lui, s'offrant ainsi une deuxième vie et une nouvelle histoire. Tandis que Nora égrène ses souvenirs le cœur serré, elle découvre des notes manuscrites sur chaque objet, levant ainsi le voile sur le passé mystérieux et fascinant de sa grand-mère. Et si Nora distille le bonheur avec ses petits trésors, n'a-t-elle pas droit, elle aussi, à un nouveau départ et une chance d'être heureuse ?

 

 

Un coin d'azur pour deux
Auteur Emma Sternberg

 

"Auteure cherche assistante personnelle pour des travaux de recherche et de lecture." Quand elle tombe sur cette annonce, Isa saute sur l'occasion. Qu'a-t-elle à perdre ? Alex l'a quittée car ils ne pouvaient avoir d'enfant et son nouveau job lui fait amèrement regretter la librairie berlinoise où elle travaillait.

La perspective de passer un été sous le soleil de Capri dans une superbe villa en bord de mer n'est pas non plus étrangère à sa décision.

À son arrivée, Isa découvre qu'elle a été engagée par la célèbre romancière Mitzi Hauptmann qui, à 80 ans passés, a besoin d'aide pour rédiger ses mémoires.

En écoutant Mitzi lui raconter sa vie, Isa comprend bien vite qu'elle est hantée par un éternel regret, celui d'avoir laissé filer son amour de jeunesse.

Isa part alors à la recherche de cet homme. Peut-être n'est-il pas trop tard... Et qui sait si elle-même ne retrouvera pas le sourire ?

 

Un roman écrit en « je ». La narratrice, c’est Isa, libraire allemande trentenaire menant une vie tristounette depuis qu’elle se retrouve sans fiancé ni job motivant. Un jour, elle découvre qu’Alex a retrouvé une femme et qu’ils vont même avoir des jumeaux. Alors, il devient nécessaire pour Isa de commencer une deuxième vie.

Directement, on entre dans l’histoire, prise d’empathie pour cette libraire subissant le mauvais sort. Et quel bonheur lorsqu’elle arrive à Capri de découvrir la maison et son beau jardin à ses côtés… C’est un peu comme si je voyageais moi aussi! La plume de Emma Sternberg est experte pour nous faire rêver à la mer d’azur, au jardin luxuriant et aux mets et spécialités locales. Un vrai bonheur !

Mitzi est une vieille dame tout à fait charmante, plus nouvelle amie à sa façon que réellement patronne pour Isa. La nouvelle assistante va d’ailleurs découvrir que la célèbre auteure nourrit un regret: celui de ne jamais avoir retrouvé Johann son amour de jeunesse alors qu’elle était à l’école au couvent en Allemagne.

La trame de ce roman n’est pas sans rappeler « Ceux qui voulaient voir la mer » de Clarisse Sabard. Une héroïne (aussi dans les métiers du livre) démarrant une nouvelle vie dans un lieu de rêve au bord de la mer et qui rencontre une vieille dame triste de ne jamais avoir retrouvé son amour de jeunesse. Les deux sont aussi réussis l’un que l’autre !

Et pour rajouter une petite touche romantique de plus, à Capri, Isa fait la connaissance de Luca, un policier sympathique et très séduisant. Et de surcroît, il semble que son intérêt soit réciproque…

 

La Grande Escapade
Auteur Jean-Philippe Blondel

 

La Grande Escapade raconte l’enfance - un territoire que Jean-Philippe Blondel a jusqu’à présent refusé d’explorer dans ses romans. Les années 70, la province, l’école Paul-Bert en briques orange, le jardin public, le terrain vague. Et surtout, les habitants du groupe scolaire. Cette troupe d’instits qui se figuraient encore être des passeurs de savoir et qui vivaient là, avec leurs familles.

 

1975-1976 ou des années de bascule : les premières alertes sérieuses sur l’état écologique et environnemental de la terre ; un nouveau président de droite qui promet de changer la société mais qui nomme Raymond Barre premier ministre ; les femmes qui relèvent la tête ; la mixité imposée dans les écoles...

 

Il y a les Coudrier, les Goubert, les Lorrain et les Ferrant ; il y a Francine, Marie-Dominique et Janick. Il y a des coups de foudre et des trahisons. De grands éclats de rire et des émotions. Tous les personnages sont extrêmement incarnés. On y est ! Dans l’ambiance et le décor. Et le lecteur peut suivre, page après page, Jean-Philippe Blondel qui nous fait faire le tour du propriétaire de ce monde d’hier.

Jean-Philippe Blondel n’a pas son pareil pour raconter le quotidien des petites gens. Avec La grande escapade, il nous plonge dans un groupe scolaire au milieu des années 70.

Une communauté presque en autarcie car au-dessus des classes se trouvent les logements de fonction. Il y a les enseignants, mais aussi leurs enfants dont on suspecte l’auteur d’avoir fait partie. Ne serait-il pas ce Philippe Goubert ?

 

Le roman donne une grande place à la bande de copains, la construction de la cabane, les tiraillements, mais aussi aux adultes. Surtout les femmes qui voient la société française changer, leur donner plus d’importance même si elles se sentent parfois dépassées. Car en 1975, « les femmes qui cumulent les statuts d’épouse, d’employée domestique et de maîtresse d’école n’ont guère de loisir de se consacrer à leur progéniture ».

Entre nostalgie assumée et découverte de soi, La grande escapade est le meilleur roman d’école de cette rentrée. 

 

L'habit ne fait pas le moineau
Auteur Zoe Brisby

 

 

Maxine, fringante nonagénaire, a décidé de faire l'école buissonnière et quitte sa maison de retraite. Pour son périple, elle a besoin d'une voiture et cherche à faire du covoiturage. C'est alors qu'elle rencontre Alex, 25 ans, un peu perdu à cause d'un chagrin d'amour, qui a une place de libre dans sa voiture.

 

Un road-trip frais et plein de surprises où les événements s'enchaînent au même rythme que les sentiments.

 

Une rencontre peut-elle être le départ de l'aventure la plus belle de votre vie ?

 

A l’heure du covoiturage devenu moyen de transport banal et économique, Alex un jeune homme dépressif, propose sa Twingo à destination de la Belgique sur le site spécialisé à cet effet. Limite suicidaire depuis un échec sentimental cuisant, il accepte de conduire Max, persuadé qu’une présence virile l’aidera à mieux supporter son désespoir.
Mais c’était sans compter les surprises de la vie.  Max est en fait Maxine, une octogénaire fantasque qui fuit sa maison de retraite. Dans la perspective de se faire euthanasier en Belgique pour échapper dégradations d’un Alzheimer encore au stade des prémices.
Cet équipage pittoresque et rocambolesque nous emmène dans un road movie avec des aventures loufoques. Chaque passager se découvre et s’apprécie peu à peu avec l’espoir de faire avorter les projets néfastes de l’autre. 
La gentillesse et la docilité d’Alex s’accordent  avec l’espièglerie et l’enthousiasme de Max, cette grand-mère déjantée qui force l’admiration. Tout irait bien pour eux, sauf que leur voyage se métamorphose en cavalcade transgressive. Les ondes radiophoniques diffusent l’avis de recherche est lancé contre Alex, soupçonné du rapt de la vieille dame.

Ce livre est une bouffée de bonne humeur et d’optimisme.

La combinaison de ce duo enchante le lecteur, devenu le spectateur d’une douce comédie.

La vivacité physique et intellectuelle de la pétillante Max est si contrastée avec l’humeur maussade de son jeune chauffeur qu’elle nous fait oublier son âge pourtant avancé. Voici une grand-mère si loin des clichés ternes des personnes âgées que tout le monde aimerait la côtoyer (pour ceux qui l’ont a l’esprit, on se rappelle « Poupette » de la Boum). On imagine bien cette octogénaire être la coqueluche de la maison de retraite, séductrice malgré elle des hommes qui s’y trouvent, séduits par son panache. Cela explique d’ailleurs tous les appels et stratagèmes inventifs mis en oeuvre de leur part pour retrouver cette indocile.

Sa force et sa bonne humeur communicative contaminent au fil de la route Alex, ce jeune homme désabusé, respectueux des règles et convenances. Sa gentillesse, et sa patience pressurées le rendent très attachant au lecteur et à Max, voire émouvant.

Leur trajet, muté en périple nous transportera sans arrêt dans des endroits loufoques et des situations rocambolesques mais pas si improbables que cela (panne d’essences, yourte, …)

Ce livre est un scénario Idéal pour une comédie de qualité. Y sont mêlés bons sentiments, humour, fantaisies, allusions musicales et filmographiques ; ce dynamisme fracasse le risque d’un huis clos automobile pénible. On aurait presque envie de s’inscrire sur les sites de covoiturage pour provoquer de telles rencontres.

Un véritable enchantement à lire car l’écriture fluide, agrémentée de proverbes détournés (cf. Ex : le titre) et de jolies réflexions sèmeront des sourires sans borne. On referme le livre à regret, mais l’auteur nous gratifie d’une suite à découvrir pour notre plus grand plaisir.

 

 

 

Le Jardin des étoiles mortes
Auteur Laure Margerand

 

Bertrand a beau être un gentil garçon, il n’apprécie pas pour autant de se faire larguer par sa petite amie, le jour anniversaire de leurs cinq ans de vie commune. Alors, après être tombé dans une sévère dépression et avoir perdu son emploi, il décide de se venger. Et d’éliminer son ex. Tout du moins, de supprimer sa vie sur le Net. Et force lui est de constater qu’à l’heure des réseaux sociaux on ne se débarrasse pas numériquement de quelqu’un aussi facilement. Ce constat conduit Bertrand à devenir croque-mort digital. Il crée ainsi une start-up destinée à gérer le décès numérique de ses souscripteurs. L’un d’eux, ou plutôt l’une d’elle, Inès, attire rapidement son attention. Et pour cause, elle meurt trois jours après son inscription… Refusant qu’une si jeune femme puisse brusquement disparaitre, Bertrand n’hésite pas à contourner la loi, en utilisant les données informatiques d’Inès pour enquêter sur son passé. Il découvre ainsi l’existence de son dernier compagnon, un certain Edgard-Lucas, qui a joué un rôle clé dans la vie de la défunte… Entre comédie romantique et thriller amoureux, Laure Margerand nous livre aussi, à travers Le Jardin des étoiles mortes, une vraie réflexion sur le devenir et le respect de notre mémoire, dans les méandres d’Internet.

Eh bien voilà un roman très singulier que ce Jardin des étoiles mortes ! À la lecture du résumé, on peut imaginer pas mal de choses, et en fait on se laisse aller de surprise en surprise au cours de la progression dans le livre.

Un livre surprenant donc, déconcertant aussi, et puis quand même flippant, il faut se l'avouer. Toutes ces traces que nous laissons derrière nous chaque jour sur la toile, comme autant de petits cailloux, ces petits morceaux de nos vies que nous semons, volontairement ou non, qu'en sera t-il lorsque nous ne serons plus là ? Alors sur ce point sensible de la gestion et du devenir de nos données numériques,  l'auteur aurait pu creuser davantage ce pan du récit et approfondisse cette question ô combien d'actualité, avec toutes les interrogations que cela pose. Quand on y pense, c'est quand même sacrément vertigineux, de voir que toute notre vie peut être pistée, traquée, et qu'en fait nous sommes "complices" de tout cela, et je ne parle même pas des réseaux sociaux et de l'étalage nombriliste que certains en font ...

L'idée de Bertrand est quand même géniale, et on pourrait se demander ce qu'il adviendrait des pages Facebook (et autres) des personnes décédées, de qui gérait ça et comment. Une entreprise telle que celle du héros existe vraiment, car c'est tout à fait crédible et pertinent? Bertrand, c'est un drôle de mec, qui peut faire un effet bizarre. Cc'est un mec un peu paumé, fragile, borderline à certains égards. Par moments, à la limite du glauque, son cheminement obsessionnel dérange, mais en même temps, cela reflète une grande solitude.

Inès elle, est un personnage également déconcertant. C'est très bizarre de la suivre au fil des pages alors qu'en parallèle, Bertrand explore de façon post-mortem tous les pans de sa vie. Du coup on se demande ce qui va se passer et le compte à rebours s'accélère au fil des pages. Par son biais, l'auteur aborde d'autres questions de société, et là encore, on effleure, puis on avance dans des choses dérangeantes, et des sujets importants. 

En fait, c'est vraiment un drôle de livre, qui part dans beaucoup de directions, et offre des virages inattendus. Disons que fouiller dans la vie d'Inès semble au départ être une traque furtive un peu glauque, dans le genre histoire d'amour impossible, et qu'ensuite ... Eh bien ensuite, le récit part dans une direction que je n'avais pas imaginée du tout ! Et que cela fait du bien d'être désarçonnée ainsi, car à force de lire de la romance, on est tellement habituées à anticiper les choses, que quand l'auteur nous

surprend, c'est d'autant plus agréable !

 

La plume de l'auteur est belle, simple, intéressante et audacieuse aussi. Elle ne laisse rien au hasard et prend bien soin de se connecter à ses lecteurs.

Tout ça pour vous dire que ce livre nous donne du moulin à moudre pour un certain temps... Que pensez-vous qu'il se passe avec nos données une fois que notre enveloppe corporelle n'existe plus ?

 

 

 

Une joie féroce
Auteur Sorj Chalandon

 

Jeanne est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne.

 

Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien.

 

Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve, qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal. « Il y a quelque chose », lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant. En guerre contre ce qui la ronge, elle va prendre les armes. Jamais elle ne s’en serait crue capable. Elle était résignée, la voilà résistante. Jeanne ne murmure plus, ne sourit plus en écoutant les autres. Elle se dresse, gueule, griffe, se bat comme une furie. Elle s’éprend de liberté. Elle découvre l’urgence de vivre, l’insoumission, l’illégalité, le bonheur interdit, une ivresse qu’elle ne soupçonnait pas.

 

Avec Brigitte la flamboyante, Assia l’écorchée et l’étrange Mélody, trois amies d’affliction, Jeanne la rebelle va détruire le pavillon des cancéreux et élever une joyeuse citadelle.

 

 

Journal de bord d'une cancéreuse en quête d'aventures

Son mari, avec qui la vie s'était déjà desséchée après la mort de leur enfant, la laisse tomber, salement. Et pourtant, cette guerre, Jeanne ne la mènera pas seule. Au cours de ses premières séances de chimiothérapie, elle rencontre Brigitte, une femme solaire et puissante, son amie Assia, et la jeune et énigmatique Melody. Jeanne se laisse conquérir et s'installe très vite dans le gynécée avec le trio, où elle trouve tendresse et réconfort tout en découvrant les vertus de la liberté, jusqu'à se laisser embarquer dans un improbable casse de filles...

Sorj Chalandon se met pour la première fois dans la peau d'une femme, faisant partager au lecteur les différentes épreuves qu'elle traverse. De l'annonce du diagnostic à l'opération chirurgicale du sein, en passant par la douloureuse perte des cheveux, les nausées, les séances de radiothérapie, mais aussi le regard et les remarques plus ou moins délicates des proches, ou des inconnus, les appréhensions et les angoisses, les portes qui se ferment (prêts bancaires impossibles à obtenir).

Sur deux fronts

Le romancier donne voix à une femme que la maladie transforme radicalement. Une mutation ouvrant un chemin vers la liberté et l'émancipation, qui passent par la solidarité féminine, une "sororité", source de "joie féroce", dans laquelle se glisse discrètement l'écrivain.

Sorj Chalandon s'attaque au sujet comme il raconterait une guerre, dessinant comme dans un journal de bord les aventures de ce quarteron de femmes héroïques, menant de front un double combat : le premier contre la maladie, le second pour leur liberté, toujours à gagner.

Une joie féroce est un hommage au courage des femmes, un roman imprégné de colère, dans lequel on retrouve l'écriture du romancier journaliste, engagée, faite d'un mélange de chair et de lyrisme, mais avec un peu moins de souffle que ce à quoi il nous avait habitués. Une forme de pudeur, peut-être ? 

 
 
Les Mangeurs d'argile
Auteur Peter Farris

 

À quatorze ans, Jesse Pelham vient de perdre son père à la suite d’une chute mortelle dans le vaste domaine de Géorgie qui appartient à sa famille depuis des générations. Accablé, il va errer dans les bois et se rend sur les lieux du drame. Là, il fait la rencontre de Billy, un vagabond affamé traqué depuis des années par le FBI. Une troublante amitié naît alors entre cet homme au passé meurtrier et le jeune garçon solitaire. Mais lorsque Billy révèle à Jesse les circonstances louches de l’accident dont il a été le témoin, le monde du garçon s’effondre une deuxième fois. Désormais, tous ceux qui l’entourent sont des suspects à commencer par sa belle-mère et son oncle, un prêcheur cynique et charismatique. Alors que le piège se referme, Jesse se tourne vers Billy.

 

Transpirant la moiteur du Sud de Géorgie, Les Mangeurs d’argile, le nouveau roman de Peter Farris est une histoire de manipulations, de confiance trahie, d’amours coupables et d’amitiés dangereuses.

 

 

 

Petites confidences et grandes confessions
à Martha's Vineyard
Auteur Sarah Morgan

Trois générations, quatre femmes, de belles histoires d’amour, d’amitié et une multitude de secrets murmurés au clair de lune.

Les femmes de la famille Stewart ont décidé de s’échapper de leur quotidien le temps d’un été pour se ressourcer sur les plages de l’île de Martha’s Vineyard. Mais leurs valises ne sont pas les seuls bagages qu’elles transportent : chacune est venue chargée de ses préoccupations et de ses inquiétudes. Nancy, la grand-mère, aimerait expliquer à ses filles, Lauren et Jenna, les raisons qui l’ont empêchée d’être une mère parfaite mais ignore comment ; Lauren, quant à elle, doit gérer le deuil de son mari décédé d’une crise cardiaque ; Mack, la fille de Lauren, a perdu son père… et ses repères, car celui qu’elle pensait être son géniteur ne l’est pas. Jenna, elle, rêverait de fonder une famille, un rêve malheureusement inaccessible. Au gré des discussions, des fous rires et des balades sur le sable, ces quatre femmes qui se croyaient très différentes vont se redécouvrir, s’entraider et comprendre qu’ensemble elles peuvent reprendre leur vie en main.

 

Quand il s'agit d'un roman de Sarah Morgan, je ne dis jamais non. Il faut dire que cette grande dame possède un don inné pour que ses lecteurs passent un pétillant et chaleureux moment. Et son dernier bébé traduit chez Collection &H ne fait pas exception à la règle...

Ce livre est particulier car l'histoire suit celle de non pas une mais quatre personnages féminins. Plus précisément de trois générations de femmes. Une mère, deux sœurs et une jeune fille.

La première n'a jamais vraiment construit de relation avec ses filles mais son côté rafraîchissant et flamboyant m'a beaucoup plu. L'autre a perdu son mari qui lui a laissé une montagne de dettes. Alors elle, je l'admire énormément. C'est mon personnage préféré. Une autre est désespérée de ne pas pouvoir réaliser son rêve de maternité. Même si j'ai trouvé son côté obsessionnel disproportionné, elle fait partie de ces personnages qui possède ce petite quelque chose qui fait qu'on s'attache facilement à eux. Et enfin la dernière est en pleine crise d'adolescence. Étant mère d'une adolescente, je comprends parfaitement ses états d'âme et ses peurs...

Quatre forces de caractères brillamment travaillés qui vont devoir faire face à bien des épreuves. Entre secrets enfouis depuis bien trop longtemps, révélation, séparation, douleur, rédemption et guérison, chacune a su m'émouvoir chacune à leur manière.

En bref... S'il y a bien une lecture à ne pas passer à côté en cette période estivale, c'est bien celle-là ! Certes c'est quelque peu différent des autres romans de l'auteur car la romance est mise en second plan au détriment de la relation familiale. Mais je vous rassure cela n'est nullement dérangeant. Bien au contraire. Grâce à sa petite touche bien à elle et à travers un magnifique décor, non seulement Sarah Morgan nous offre-là l'une de ces charmantes et captivantes histoires feeling good qui vous mettent du baume au cœur. Mais en plus elle nous laisse un message poignant et marquant... Alors laissez-vous tenter...

 

 

La sirène et le scaphandrier
Auteur Samuelle Barbier

« Nous avons tous une histoire à raconter. Êtes-vous prêts à entendre la mienne ? J’ai été élevé dans les marécages du sud-est du Texas, sur ces terres rouges où règnent les vrais Cajuns. Maintenant que je suis « en cage’, je passe le plus clair de mon temps à imaginer ce qui se passe à l’extérieur. » Zach

New York. Zach est enfermé dans une cellule, il paie sa dette à la société.

 

Londres. Hanna est enfermée, elle aussi. Elle vit recluse dans son appartement, incapable d’en franchir le seuil.

 

Poussée par son psychologue, elle s’inscrit à un programme pour correspondre avec des prisonniers et fait la connaissance de Zach, qui attire son attention dès ses premiers mots. Et s’il offrait à Hanna une liberté qu’elle pense hors de portée ?

 

Le scaphandrier, c’est Zach. Enfermé dans une prison de New-York pour une durée de six ans, la direction le pousse à aller sur un site pour trouver un correspondant. Zach se lance et reçoit en retour une lettre d’Hanna, une londonienne inscrite sur le site cédant aux vives insistances de son psy. Bien qu’elle ne comprenne pas comment cela pourrait l’aider à vaincre son agoraphobie. Mais très vite, ils se prennent au jeu et en viennent à attendre avec impatience les mots de l’autre.

« On est pareils, Hanna et moi, enfermé et rêvant d’un monde extérieur inaccessible ». 

Et c’est ainsi qu’une fois commencé, impossible de refermer ce livre ! Moi aussi, j’étais prise par les mots et phrases des deux protagonistes principaux. L’histoire alterne entre Hanna et Zach et la narration classique est dynamisée avec des passages épistolaires.

« Des milliers de dangers, chuchote mon agoraphobie. Des milliers de possibilités, lui répond mon cœur. »

Sur le ton de l’humour, l’auteure aborde des thèmes importants et nous rappelle que la reconstruction de soi est toujours possible ! Zach va être la thérapie d’Hanna et vice versa. Sous la forme de défis, le jeune prisonnier va offrir de nouvelles perspectives à la jeune femme. Ce roman m’a fait passer par toutes sortes d’émotions et transmet beaucoup de belles idées. Nos deux héros traversant une période difficile, ils vont s’automotiver. Mais un futur commun est-il possible ?

 

A propos de l’auteure:

Résultat de recherche d'images pour "samuelle barbier"Samuelle Barbier, auteure française de trente ans, écrit depuis le lycée. Mais c’est en 2017 qu’elle se lance dans l’écriture sur Fyctia en participant au Prix VSD/RTL du meilleur thriller français, qui lui a valu une place en finale. Elle revient en 2019, dans un tout autre genre avec un prix tout aussi prestigieux: le Prix Télé-Loisirs du Roman de l’été, qu’elle a remporté !

 

 

 

Sale gosse
Auteur Mathieu Palain

 

Wilfried naît du mauvais côté de la vie. Sa mère, trop jeune et trop perdue, l'abandonne. Il est placé dans une famille d'accueil aimante. À quinze ans, son monde, c'est le foot. Il grandit balle au pied dans un centre de formation. Mais une colère gronde en lui. Il ne sait pas d'où il vient, ni qui il est. Un jour sa rage explose ; il frappe un joueur. Exclusion définitive. Retour à la case départ. Il retrouve les tours de sa cité, et sombre dans la délinquance. C'est là qu'il rencontre Nina, éducatrice de la Protection Judiciaire de la jeunesse. Pour elle, chaque jour est une course contre la montre ; il faut sortir ces ados de l'engrenage. Avec Wilfried, un lien particulier se noue.

 

 

 

 

 

 

D'une plume hyper-réaliste, Mathieu Palain signe un roman percutant. Il nous plonge dans le quotidien de ces héros anonymes et raconte avec empathie une histoire d'aujourd'hui, vraie, urbaine, bouleversante d'humanité.

 

 

 

Wilfried a 15 ans et vient de se faire renvoyer de son centre d’entrainement de foot. Lui qui avait retrouvé une vie plus ou moins équilibrée au sein de sa famille d’accueil voit son quotidien et son rêve voler en éclats. Il n’est que colère et va, lui aussi, voler en éclats. Mais un jour, une main se tend.

J’ai beaucoup aimé découvrir l’histoire de Wilfried et lever le voile sur le quotidien des éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse,

Le métier le plus ingrat du monde, exercé par des personnes « qui ne veulent plus changer le monde mais le rendre moins abîmé ». Métier qui demande un dévouement corps et âme pour bien peu de gratification.

À travers plusieurs centres, fermés ou ouverts, selon le parcours de Wilfried, nous côtoyons plusieurs jeunes déjà cassés par la vie, broyés par le système qui ne croient déjà plus en rien, surtout pas en eux-mêmes. Des gamins préférant saboter toute relation qui pourrait leur faire du bien pour ne pas risquer d’avoir mal, plus tard, si une fois encore, on les abandonne.
Des jeunes qu’on a envie de juger, qu’on pourrait avoir envie de laisser tomber parce qu’ils sont révoltants, ignorants, mais attendrissants parfois et, heureusement, certains y croient et leur tendent la main. Inlassablement. Parfois, ces sales gosses la saisissent et, avec elle, une seconde chance.

D’une écriture directe et fluide, sans fioritures et qui sent un peu le vécu, l’auteur nous capte immédiatement par son récit. Dès les premiers mots, j’étais dans l’histoire et j’ai lu sans presque m’arrêter.

C’était un vrai bon moment de lecture et je ne manquerai pas de suivre l’auteur dont c’est ici le premier roman.

 

 

 
La dame de Reykjavik

 

 

Soudainement poussée à la retraite, Hulda, inspectrice de 64 ans, est autorisée à rouvrir le cold case de son choix, le temps de voir arriver son jeune remplaçant. Elle se penche sur le cas d’Elena, une jeune russe retrouvée noyée il y a un an à 30 km de Reykjavik. Traitée par un collègue négligent, la mort de cette demandeuse d’asile est sur le point d’être classée. Mais Hulda refuse de laisser Elena tomber dans l’oubli… L’atypique inspectrice se jette à corps perdu dans cette enquête.

 

La Dame de Reykjavík est le premier roman d’une nouvelle série, mettant en scène Hulda, une inspectrice de police à la retraite. On quitte l’isolement de Siglufjörður dans lequel l’auteur nous avait entrainés avec la série Ari Þór, pour se rapprocher de la capitale.

 

Le supérieur hiérarchique de Hulda accélère le départ à la retraite de son enquêtrice et, pour cela, lui confie une affaire irrésolue vieille d’un an, histoire de s’en débarrasser. Hulda se lance à corps perdu dans la résolution de cette énigme, trop vite classée dans la rubrique des suicides. Elle le fait autant pour la mémoire de cette jeune migrante russe, Elena, que pour se prouver à elle-même qu’elle est encore dans le coup et que sa mise à l’écart est injuste.

 

L’enquête contemporaine, est entrecoupée par le récit de l’enfance de Hulda, marqué par la souffrance et les blessures. Ragnar nous fait découvrir une femme fragile, profondément marquée par son passé, frappée par un destin familial qui semble s’être acharné et par des erreurs qu’elle commet dans ses enquêtes ; erreurs dont les conséquences s’avèreront très lourdes.

Le roman est tout d’abord l’occasion d’une réflexion sur les relations familiales, notamment mère-fille (Hulda avec sa mère, Hulda avec sa fille), ainsi que sur les non-dits et les traumatismes des huis-clos familiaux, une fois les portes des maisons fermées. Ragnar aborde les thèmes de la pédophilie et de l’inceste. Toutefois, tout n’est pas éternellement sombre et une lueur de bonheur possible s’éclaire pour Hulda en la personne de Pétur, rencontré au cours d’une randonnée.

Le roman traite aussi des personnes insignifiantes, qu’on oublie ou méprise facilement. Hulda, qui est une femme, est en butte aux sarcasmes de ses collègues, des hommes qui cultivent le machisme. Sa parole n’a pas beaucoup de valeur à leurs yeux. Cela ne l’empêche pas de découvrir que son collègue, Alexander, a bâclé l’enquête sur la mort d’Elena. Celle-ci n’était qu’une migrante russe en attente de son sort, l’asile dans le pays ou l’expulsion. Elle aussi était une personne qui avait peu de valeur aux yeux de tous ceux qui ont voulu se servir d’elle, profitant de son ignorance de la langue islandaise et de sa situation précaire. Hulda décide de la réhabiliter, de lui donner une existence humaine, tout comme elle se réhabilite à ses propres yeux.

Le livre est intéressant et se laisse lire avec plaisir, comme les ouvrages précédents de Ragnar, qui nous réserve d’ailleurs une fin très surprenante, qui donne envie de découvrir la suite.

 

 

 

 

 
Une bête au paradis
Auteur Cécile Coulon

 

La vie d'Émilienne, c'est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d'un chemin sinueux. C'est là qu'elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu'à ce que l'adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s'appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine toute entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance.

 

 

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Rédigé par mediathequedenoyelles

Publié dans #nouveautés

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